Dossier économique
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Revue culturelle de Béziers Méditerranée et du Biterrois : culture, géopolitique, édition, histoire
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Histoire
Michel Fournier glorifie le Père Jean Gailhac en l’église Saint Félix
C’est en l’église Saint Félix à Bayssan, magnifiquement restaurée par le Conseil Général de l’Hérault, que Michel Fournier a glorifié et célébré le Père Jean Gailhac, avec une empathie évidente, devant un auditoire conquis par son talent oratoire, la clarté de son exposé et son entregent.
Un livre de Jean Sagnes : Jaurès
Un halo de lumière entoure la personne de Jean Jaurès. Voici un homme exceptionnellement doué, pouvant aspirer aux plus hautes fonctions gouvernementales et qui en restant un simple député s’en préserve, qui devient le chef du socialisme français, sans en devenir le dirigeant principal, qui acquiert une dimension internationale, sans en revendiquer la direction, un homme libre, exerçant en toute circonstance son libre arbitre, son pouvoir de juger tous les pouvoirs, sans les adorer.
Une évocation historique de Michel Fournier : Les évêques italiens
Dans le cadre de la nuit de la cathédrale au cours de laquelle des visites, des musiques, des expositions, des évocations historiques ont permis de découvrir la diversité de l’héritage culturel et les richesses symboliques religieuses, clés de compréhension du monument, Michel Fournier a évoqué les évêques italiens de Béziers.
Une conférence de Michel Fournier : « Béziers et la Grande Guerre »
L’union sacrée s’exprime dans la rue aux cris de Vive la France et traduit un esprit patriotique que les maîtres d’école avaient favorisé.
Une étude de Michel Fournier : Béziers de 1857 à 1952 La ville a démoli ses remparts en 1827, et précisément en 1857, le chemin de fer arrive sur Béziers, une grande date et un grand événement qui ne manqueront pas d’avoir des répercussions.
La révolte du duc de Montmorency
Une conférence de Michel Fournier, agrégé d’histoire, au Musée du Biterrois.
Avec son talent habituel, Michel Fournier a évoqué devant un public attentif et captivé, la révolte du duc de Montmorency (1629-1632), un événement qui, dans le Béziers du début du 17e siècle, réunit histoire nationale et histoire locale. Ainsi finit tragiquement par l’exécution capitale du dernier duc Henri II, le destin glorieux d’une famille, les Montmorency, depuis sept siècles au service de la monarchie capétienne.
Dans la longue tradition du savoir de la cité : la Société archéologique, scientifique et littéraire
La tradition érudite est ancienne à Béziers, et les sources historiques montrent qu’elle y est présente dès le premier siècle.
Une conférence de Michel Fournier : Chroniqueurs, voyageurs et historiens au début du XVIIe siècle
A la césure du XVIe et XVIIe siècles, dans une période chargée d’événements importants - conflits religieux, tribulations politiques Languedociennes, remise en ordre de la monarchie - l’histoire racontée par des contemporains chroniqueurs, historiens, voyageurs, témoins précieux de la marche du temps à Béziers et dans le Biterrois.
L’histoire des deux Indes de l’abbé Raynal
Une conférence de Gilles Bancarel au musée du Biterrois.
L'abbé Raynal n'est pas à proprement parler un personnage biterrois bien qu'il ait enseigné au collège des Jésuites de Béziers dans les années 1730 et qu'il ait été proche du savant Biterrois Dortous de Mairan qui lui procura en 1754 le titre de membre de la Royal Society de Londres. Il s’inscrit cependant au Panthéon des hommes célèbres de Béziers du fait d’un Biterrois d’adoption, Gilles Bancarel, et de l’écoute particulière de la ville qu’il a sensibilisée à l’œuvre de cet auteur à portée universelle
Géopolitique
Affirmant avec force le projet urbain de la ville, ses directions essentielles, ses choix prospectifs, le Sénateur-Maire de Béziers, Raymond Couderc, a tracé à grands traits le cheminement urbain de Béziers, un cheminement maîtrisé vers une ville de dimension moyenne où la qualité de vie sera préservée.
Quelques aperçus sur le Biterrois
Géographiquement, le biterrois occupe dans le Languedoc occidental une place bien déterminée. Pris entre les derniers contreforts de la Montagne Noire et la mer, entre les vallées de l’Hérault et de l’Orb, il se différencie nettement des deux régions qui l’encadrent. Il n’a rien de commun avec la grande plaine du Narbonnais, ni avec le pays qui, à partir de l’Hérault, s’étend jusqu’à Montpellier. Aucun pli de collines n’interrompt sa large surface de plaine, aucun étang n’apporte dans ses terres l’influence de la mer.
Culture
Le dernier poilu : Lazare Ponticelli
Une conférence de René Gualino
Jean Moulin, sous le pseudonyme de Romanin, s'était essayé au dessin et à la caricature. Il a laissé au total près de 600 oeuvres que sa soeur, Laure, a léguées au musée des Beaux Arts de Béziers.
Redécouvrir le théâtre des variétés Dès le décret de 1864, instituant la liberté des théâtres, s'élève, rue du Temple, à proximité de la promenade un lieu de divertissement appelé Casino musical qui présente, dans un cadre agréable et élégant, des spectacles de café-concert, avec un bon orchestre, des artistes de talent et des consommations plus que satisfaisantes.
Un couplet de Charles Coypeau d'Assoucy en l’honneur de la citéCette ville est très belle et bonne,
Et son muscat est bel et bon
Elle est gentille, elle est bouffonne,
On y boit en toute saison
On y chante, on y carillonne
Et soir et matin on y donne
Colles1 de Béziers à foison.1) Colles : blagues, joyeusetés, fourberie
Deux chercheurs au CIRDOC pour l'édition prochaine de la traduction en français du Breviari d’Amor de Matfre Ermengaud Les grandes ambitions de Jean-Bernard Pommier pour les Franciscains
Faire des Franciscains un haut lieu de l’art et de la création artistique.
Repères
Guide de Béziers, Escapades en Biterrois
de Michel Fournier
L’âge d’or du spectacle lyrique
aux arènes de Béziers
Gérard Calvet : Aspects de la femme
Recherches archéologiques : le partenariat entre la ville et l’INRAP continueJunior Sans, poète populaire et témoin de 30 ans d’actualité biterroise
La génération Y
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Histoire
La révolte du duc de Montmorency
Une conférence de Michel Fournier, agrégé d’histoire, au Musée du Biterrois.Avec son talent habituel, Michel Fournier a évoqué devant un public attentif et captivé, la révolte du duc de Montmorency (1629-1632), un événement qui, dans le Béziers du début du 17e siècle, réunit histoire nationale et histoire locale. Ainsi finit tragiquement par l’exécution capitale du dernier duc Henri II, le destin glorieux d’une famille, les Montmorency, depuis sept siècles au service de la monarchie capétienne.
L’origine des Montmorency
Les Montmorency, barons de l’Île de France, sont à l’origine de petits seigneurs, les Bouchard (première mention en 958), ayant tissé avec Hugues de France un lien vassalique très fort qui ne sera jamais trahi ni renié et qui se traduira par la proximité avec le roi et le service au souverain. Une famille qui exercera des charges importantes : chambrier, bouteiller, maréchal, amiral, connétable, gouverneur du Languedoc. Sa fidélité au roi et son génie des alliances matrimoniales lui valut de nombreuses possessions en Île de France, en Normandie, en Bretagne Anjou, en Angoumois, dans le centre de la France.
Les principaux représentants de la Maison de Montmorency
Parmi les principaux représentants de la Maison de Montmorency, on peut distinguer Anne de Montmorency (1492-1567), qui fut le grand homme de la dynastie. Filleul de la reine Anne de Bretagne, qui lui donne son prénom et élevé au château d'Amboise avec le futur roi de France François Ier, sa longévité de vie lui permit de servir plusieurs rois et d’accéder à des charges importantes : maréchal, grand maître de France, gouverneur du Languedoc, connétable, duc de Montmorency, lui donnant ainsi l’occasion de jouer un rôle politique et militaire de premier plan.
Henri Ier de Montmorency, seigneur de Damville, est gouverneur du Languedoc en 1563. A ce titre, politique, il navigue entre catholiques et huguenots et se soucie surtout d’être le maître en Languedoc. Après l’édit d’Amboise en 1563 qui mit un terme aux guerres civiles, l’intervention des troupes de Montmorency-Damville mit fin à l’emprise des huguenots de Béziers. La ville, redevenue alors en majorité catholique, toléra les huguenots qui pratiquèrent en privé et sans ostentation. En 1570, Henri de Montmorency, gouverneur catholique du Languedoc, constitua le Tiers-Parti et s’efforça de réaliser la tolérance dans la province. N’hésitant pas à assiéger les huguenots à Sommières, il conclut finalement des trêves et décida de respecter le bloc des Cévennes constitué de quatre-vingts villages fortifiés d’où la messe avait disparu. Le roi jugea alors cette tolérance suspecte et en 1574, limogea le gouverneur. Dès lors, compte tenu de sa position stratégique, Béziers devint un enjeu entre l’est du Languedoc entre les mains des réformés et l’ouest aux mains des papistes, entre les Montmorency et les Joyeuses qui la convoitent et qui visent à travers elle la conquête et le gouvernement du Languedoc.
De 1574 à 1576, le jugeant trop ouvertement allié aux protestants, la ville se refuse à Montmorency-Damville. En 1575, répliquant à l’embuscade tendue par le catholique Thémines, les troupes de Montmorency font périr deux cents Biterrois surpris dans la plaine de Garissou. Cependant, dès 1576, la ville lui ouvre ses portes et scelle l’accord qui va la lier avec la maison de Montmorency pour un demi-siècle. Nul ne résistant plus, il accorde le libre culte aux protestants, sans que le nouvel évêque ne s’y oppose.
Henri II de Montmorency
Henri II de Montmorency né le 30 avril 1595 au château de Chantilly est le fils d’Henri Ier de Montmorency. Filleul du roi de France Henri IV, il fut amiral de France à 17 ans, vice-roi de la Nouvelle-France et gouverneur du Languedoc. Il est l’époux de Marie-Félicie des Ursins. Il participa aux guerres contre les protestants et battit la flotte de Benjamin de Rohan, duc de Soubise devant La Rochelle en 1625.
Depuis les troubles religieux, les Biterrois avaient mesuré l’honneur et les avantages qu’ils pouvaient retirer de l’alliance avec les Montmorency, tout en tissant avec eux des liens de popularité et d’affection. Capitale des Montmorency depuis deux générations, la ville en confortait sa situation politique et en retirait du prestige. D’où sa conduite particulière qui avait fait alterner la fidélité à l’ordre royal et sa contestation. Une contestation toute relative tempérée par le loyalisme indéfectible des Bonsi. Par fidélité au roi, Henri II avait joué jusqu’en 1632 le jeu de la monarchie cherchant à apaiser le mécontentement né de la mise en place des Elus par l’Edit de Nîmes, de la fusion de la cour des Aydes et de la cour des comptes, de l’opposition aux réformes des Etats, et des nobles, ecclésiastiques, grands bourgeois, oligarchies urbaines qui craignaient pour leur intérêt.
Brusquement, le 22 juillet 1632, le gouverneur Henri II change d’attitude poussant les États qui n’avaient jusque là pensé qu’à une grève de l’impôt à une véritable guerre civile, une séparation du reste du royaume. Il intrigue avec le frère du roi, Gaston d'Orléans, héritier présomptif de la couronne jusqu’en 1638, année où Louis XIII eut un fils, qui le convainquit de soulever le Languedoc dans une révolte ouverte dont le but était la ruine du cardinal de Richelieu. C’est à Béziers que Gaston d’Orléans expédia ses maigres troupes levées aux Pays-Bas. C’est de Béziers que Montmorency partit en campagne avec de maigres troupes et sans appuis véritables. Il partit en campagne le 1er septembre 1632, non sans que Jacquette de Bachelier lui ait prédit : « Monseigneur, si vous passez l’Orb, vous êtes perdu. » Capturé les armes à la main au combat de Castelnaudary par Schomberg (1632), il fut, malgré de nombreuses interventions en sa faveur, notamment celles du pape et de Charles Ier d'Angleterre condamné à mort par raison d’État et décapité à Toulouse.
Un événement qui réunit histoire nationale et histoire locale
Dès le 12 octobre 1632, ultime reconnaissance de l’importance politique de la ville, l’édit de Béziers qui limite les privilèges de la province est signé dans l’église des Augustins. Le roi, la reine, deux cardinaux, dont Richelieu, le conseil royal, quatre maréchaux de France, trois secrétaires d’État, le surintendant des finances sont présents. La grande pompe qui entoure cette signature souligne d’une manière symbolique la toute puissance du pouvoir royal, l’évolution vers la monarchie absolue et vers un état moderne.
La chance de Béziers de jouer un grand rôle politique est alors passée. Cependant si c’est ailleurs que se manifestent les réalités du pouvoir : à Toulouse avec le parlement, à Montpellier avec l’intendant, à Pézenas avec les États, Béziers, toute indiscipline réduite, s’insère dans l’ordre royal définitivement établi et dans les structures de la monarchie absolue, dans les formes de l’état moderne. Et cela d’autant plus que l’existence du présidial de Béziers facilite l’accession des familles bourgeoises aux charges de cette juridiction et fait naître par les mutations qu’elle permet un besoin d’ordre et de stabilité.
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Une conférence de Michel Fournier : Chroniqueurs, voyageurs et historiens au début du XVIIe siècle
A la césure du XVIe et XVIIe siècles, dans une période chargée d’événements importants - conflits religieux, tribulations politiques Languedociennes, remise en ordre de la monarchie - l’histoire racontée par des contemporains chroniqueurs, historiens, voyageurs, témoins précieux de la marche du temps à Béziers et dans le Biterrois. Une histoire racontée avec son talent de conteur et son humour par Michel Fournier.Aux yeux de ses visiteurs, en cette période, Béziers apparaît comme une ville assez grande, bien bâtie, au climat tempéré, bien située non loin de la montagne, environnée de terres fertiles, agréable où il fait bon vivre. Ville méditerranéenne, la cité maintient la tradition agraire d’une culture méditerranéenne produisant des céréales et variétés de blés, du vin et de l’huile. A cela s’ajoute l’élevage du bétail en particulier des ovins. Mobilisant le tiers de ses actifs dans les activités artisanales, la ville conserve un trait médiéval par le regroupement des artisans par activités et par quartiers. On y recense des potiers, des charpentiers, des maçons, des tisserands, des cordonniers, des tonneliers, des armuriers et des fabricants de poudre. Le marché hebdomadaire du vendredi attire « plusieurs marchands tant étrangers que autres de vingt et vingt-cinq lieues des environs ».
Le pouvoir à Béziers se partage entre le roi, les consuls et l’évêque. Le roi est maître de l’impôt, de la justice, il dispose d’une armée de métier et de fonctionnaires ou officiers de plus en plus nombreux. Son autorité s’y exerce d’abord par la viguerie. Le viguier, représentant du roi jouit de pouvoirs étendus. Il préside avec le viguier épiscopal à la désignation des consuls, siège parfois avec eux, rend la justice en matière civile et criminelle soit en première instance soit en appel. L’évêque a l’avantage de séjourner à Béziers où 60% des biens lui appartiennent et d’être à la tête d’un diocèse important. Serviteur fidèle du roi, l’évêque fait preuve d’un loyalisme indéfectible à la royauté et contribue à la francisation politique de Béziers. Les consuls sont issus de la bourgeoisie. A travers le consulat qui forme l’armature de la société urbaine et s’appuyant sur les puissantes associations de métiers et sur la hiérarchie des échelles, changeurs, drapiers et merciers, associés aux chausseurs et corroyeurs, aux bouchers et pareurs, aux forgerons, meuniers et chaudronniers assurent la direction des affaires communes et accaparent les principales magistratures. Ils veillent à l’approvisionnement de la cité, à sa tranquillité, à sa salubrité et à la répartition de la taille et gèrent le budget de la cité avec rigueur, soucieux d’équilibrer les recettes et les dépenses et même de dégager un budget d’investissement.
Un certain nombre de cérémonies propres à développer un goût pour l’extériorisation et la fête s’organisent alors à Béziers : cérémonies religieuses, processions annuelles, cavalcades fêtes profanes, comme les Caritats. Un goût du cérémonial qui atteint son apogée avec la visite durant l’été 1620 du roi Louis XIII qui séjourne alors à Béziers durant trois semaines. Le théâtre de rues est alors très prisé. Théâtre populaire, joué à même la rue, sur des tréteaux qui met en scène des personnages de la mythologie, du légendaire local, des figures emblématiques, dont les thèmes sont souvent empruntés à l’actualité et offrent l’occasion de brocarder les notables.
Béziers est une ville majoritairement catholique, où le protestantisme (légion à Nîmes et à Montpellier) est minoritaire. Sous l’influence des évêques, les fondations de couvents, confréries, institutions charitables s’y sont multipliés. La fondation la plus marquante, la plus significative des ambitions pastorales, de l’esprit de la ville et du temps est l’attribution à la compagnie de Jésus du collège de Béziers, mis en place en 1598 qui s’emploie à l’instruction de la jeunesse et bonnes mœurs, lettres et piété. La population se trouve ainsi insérée dans le maillage des pratiques religieuses qui empêchent l’implantation durable du protestantisme à Béziers.
Aux troubles religieux, s’ajoutèrent les actions des Grands, souvent motivées par leurs ambitions personnelles, où la part de la religion n’était que secondaire et tendait à s’estomper. Cela se traduisit à Béziers par les conflits entre Montmorency et les Joyeuses qui fit apparaître avec plus d’acuité le rôle stratégique de Béziers. Qui tient Béziers tient le verrou Biterrois sur l’Orb entre l’est et l’ouest du Languedoc. Place de guerre des Montmorency, restée finalement fidèle au roi, ville fortifiée, remplie de soldats, dotée d’une citadelle, Béziers remplissait son rôle stratégique et jouait pour la royauté le rôle de verrou que François 1er avait pressenti. C’est ce qui explique en partie, la fermeté de la riposte royale et de Richelieu à la révolte du Duc de Montmorency.
Depuis les troubles religieux, les Biterrois avaient mesuré l’honneur et les avantages qu’ils pouvaient retirer de l’alliance avec les Montmorency, tout en tissant avec eux des liens de popularité et d’affection. Capitale des Montmorency depuis deux générations, la ville en confortait sa situation politique et en retirait du prestige. Par fidélité au roi, Henri II de Montmorency avait joué jusqu’en 1632 le jeu de la monarchie cherchant à apaiser le mécontentement né de la mise en place des Elus par l’Edit de Nîmes, de la fusion de la cour des Aydes et de la cour des comptes, de l’opposition aux réformes des Etats, et des nobles, ecclésiastiques, grands bourgeois, oligarchies urbaines qui craignaient pour leur intérêt. Brusquement, le 22 juillet 1632, Henri II change d’attitude poussant les États qui n’avaient jusque là pensé qu’à une grève de l’impôt à une véritable guerre civile, une séparation du reste du royaume. Capturé les armes à la main au combat de Castelnaudary par Schomberg (1632), il fut, condamné à mort par raison d’État et décapité à Toulouse.
Conséquence de la révolte du Duc de Montmorency, dès le 12 octobre 1632, ultime reconnaissance de l’importance politique de la ville, l’édit de Béziers qui limite les privilèges de la province est signé dans l’église des Augustins. Le roi, la reine, deux cardinaux, dont Richelieu, le conseil royal, quatre maréchaux de France, trois secrétaires d’État, le surintendant des finances sont présents. La grande pompe qui entoure cette signature souligne d’une manière symbolique la toute puissance du pouvoir royal, l’évolution vers la monarchie absolue et vers un état moderne.
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Dans la longue tradition du savoir de la cité : la Société archéologique, scientifique et littéraire
L’association Réussir à Béziers a rencontré Henri Barthés et Gilles Bancarel. Henri Barthés paléographe, spécialiste des textes latins et romans des XI-XVIe siècles, Majoral du Félibrige titulaire de la Cigalo de la Narbouneso préside désormais la Société Archéologique. Il travaille actuellement avec le Professeur Peter Ricketts de l’Université de Birmingham à l'édition prochaine de la traduction en français du Breviari d’Amor de Matfre Ermengaud. Gilles Bancarel, l’un des grands spécialistes de l’abbé Raynal est l’archiviste de la Société archéologique.La tradition érudite est ancienne à Béziers, et les sources historiques montrent qu’elle y est présente dès le premier siècle. Une très longue tradition du savoir et du partage du savoir, dont témoigne entre autres, Matfre Ermengaud, avec son Brevari d’Amor, une œuvre unique en son genre. Henri Barthès et Gilles Bancarel dans un passionnant exposé à deux voix ont retracé l’historique de la société archéologique héritière de cette tradition et rappelé ses activités actuelles.
Dortous de Mairan et la société des sciences et des belles lettres de Béziers
Né le 26 novembre 1678 à Béziers et issu du milieu du présidial, un Biterrois de grande stature allait occuper une place importante dans la République des Lettres pendant presque tout le XVIIIe siècle. Jean-Jacques Dortous de Mairan fit des études de grec à l’université de Toulouse avant d’aller étudier les mathématiques et la physique à Paris en 1698. Dès 1717, sur ses premiers travaux, son brillant esprit lui valut de siéger à l’académie de Bordeaux. En 1718, il fut élu membre de Académie Royale des Sciences dont il est devint secrétaire perpétuel en 1740 puis sous-directeur et directeur jusqu’en 1760. Il fut élu membre de l’Académie française le 16 février 1743 et membre de l’Académie de Rouen le 1er février 1758. Physicien réputé, philosophe et musicien, il devint le Directeur du Journal des Savants. Il appartint à presque toutes les sociétés savantes de l'Europe et fut l'ami et le correspondant des philosophes et des savants (Mairan fut l’un des six destinataires de la troisième édition des Principia de Newton en 1726).
Vivant à Paris, il témoigna pendant toute sa vie un indéfectible et émouvant attachement à la ville. Lors d’un passage à Béziers, il fonda le 19 août 1723 avec l’avocat Antoine Portalon et le médecin Jean Bouillet la société des sciences et belles lettres de Béziers en présence de plus de vingt personnes distinguées et de l’évêque. Une fondation qui témoigne de l’existence à Béziers d’un cénacle d’esprits curieux déjà assemblés autour des abbés Chauchard et Caylus, de M de Popian, des frères Portalon. Dès la première séance de l’Académie, « pour associer à l’étude et unir plus étroitement par ce lien quelques uns de nos concitoyens dont les talents et les dispositions méritaient d’être connus…» se trouvaient rassemblés cinq magistrats, cinq membres du barreau, tous nobles, quatre médecins, cinq titulaires de fonctions publiques, huit membres du clergé.
L’Académie qui comprenait deux sections, une section lettres et une section sciences bénéficia des conseils éclairés et de la direction intellectuelle de Mairan qui exhortait ses compatriotes à perfectionner leur savoir et à s’imposer à l’extérieur par leurs travaux. La section de lettres où l’on distingue Portalon, Lautrec, Domairon et l’Abbé de Caylus a laissé peu de traces, mais la section des sciences se manifesta par des travaux de médecine (Bouillet, Cros), de mathématique, météorologie, cosmographie (Guibal, Mairan). A travers son existence, on distingue dans la ville un groupe d’ecclésiastiques, de médecins, de membres du présidial s’efforçant de suivre le mouvement intellectuel de l’époque et prenant part à l’épanouissement des lumières. Parmi eux, les docteurs Bouillet père et fils participèrent à l’encyclopédie de Diderot.
Les travaux de l’Académie semblent avoir été suivis attentivement et appréciés par le monde académique et scientifique, si bien que Béziers paraît avoir appartenu au monde très réservé des rares villes ayant un rayonnement scientifique reconnu : pour la France, Paris, Lyon, Bordeaux, Montpellier et, sitôt après Béziers.
La société archéologique
Héritière de l’Académie de Béziers et créée en décembre 1834 à l’initiative de Pierre André Boudard, professeur au collège et des avocats Jacques Azaïs et Auguste Fabrégat, la Société Archéologique de Béziers devient la Société archéologique, scientifique et littéraire et se donne pour objectif l’érection de la statue de Paul Riquet, la remise à l’honneur littéraire de la langue d’oc et la publication d’études érudites sur l’histoire de la ville. Sous l’impulsion de Jacques Azaïs la langue d’oc est remise à l’honneur et le foyer biterrois de langue d’oc attire à Béziers d’autres auteurs occitans : J.-A Peyrotte en 1838, Jasmins en 1844 et 1847.
Le 21 octobre 1838, la statue de Paul Riquet, œuvre du sculpteur David d’Angers sur une commande de la Société archéologique, scientifique et littéraire est inaugurée en présence du sculpteur qui avait consenti à travailler à bas prix et d’une foule considérable qui lui réserve, avec beaucoup de chaleur, de spontanéité, un accueil enthousiaste. A tel point que David d’Angers qui décore extérieurement par ses sculptures (et celles d’Hardoin) le théâtre de Béziers est depuis lors considéré comme une des célébrités biterroises.
Outre l’érection de la statue de Paul Riquet qui a été le coup de maître de ses activités, ses activités se développent dans la remise à l’honneur de la langue d’oc comme langue littéraire, la création d’un concours en langue d’Oc qui suscite de nombreuses créations poétiques et dans la publication d’études érudites sur l’histoire de Béziers. En ce qui concerne l’occitan, il faut souligner le rôle de Jacques Azaïs et de son fils Gabriel. Le foyer biterrois de langue romane attire d’autres auteurs occitans à Béziers dont Mistral.
A l’actif de la société, il faut citer l’édition d’un bulletin annuel qui lui valut d'être très remarquée et d'obtenir la protection de quelques membres distingués, tels les académiciens Viennet et Flourens. Elle contribua à la création du musée du Vieux Biterrois et du musée des Beaux Arts et à la reprise des fêtes de Saint Aphrodise en juin 1859. Depuis 1986, grâce à la volonté d'un autre bienfaiteur, le Dr L. Bergé, elle siège dans son hôtel, légué généreusement par le Dr L. Bergé à la ville. C'est dans les salons du rez-de-chaussée qu'elle accueille tous les jeudis les membres et les chercheurs étrangers et qu'ont lieu les causeries.
La société archéologique à l’aube du vint-et-unième siècle
Actuellement, la société archéologique scientifique et littéraire continue la publication de ses cahiers : en 2010 : « La Société Archéologique de Béziers, les langues romanes, le Félibrige - Hommage à ses fondateurs J. Azaïs (1778-1856) et G. Azaïs (1805-1888) » ; en 2011 : « La cathédrale de Béziers au XVème siècle, son évêque G. de Montjoie, bâtisseur de la sacristie et de la bibliothèque,et découverte de la crypte en 1932 » ; en 2012 : « NEFFIES, toute une histoire, des origines au début de l'ère moderne ». Elle continue aussi ses publications spéciales. Ainsi parmi les dernières publications on notera :
- Le dictionnaire des idiomes romans du Midi de la France de Gabriel Azaïs, par Christian Camps.
- Languedoc et Roumanie : du Félibrige aux Rencontres en Méditerranée, par Adrian Irvin Rozei, d’origine roumaine.
- Béziers, ses félibres et le Rouergue, par le majoral Georges Girard, évoqué ensuite par Gilles Bancarel.
- Bibliographie de Jacques, Gabriel et Bruno Azaïs, par Gilles Bancarel.
- L’évolution des Azaïs, notables fortunés et cultivés, aux XVIIIe et XIXe siècles, par Jean-Denis Bergasse.
Au cours du premier semestre 2012, la société a programmé neuf conférences dont :
- le 12 avril 2012 à 15h 15 aux Franciscains, une conférence de Bernard Pommier : Une histoire de la musique à Béziers, suivie d’une illustration musicale.
- le 3 mai 2012 à 17h en l’Hôtel Bergé une conférence de Jean-Daniel Candeaux (Genève) : Jean-Jacques Dortous de Mairan au cœur de l’Europe scientifique.
- le 31 mai 2012 à 17 h à l’hôtel Bergé : Découverte récente d’ouvrages hydrauliques souterrains antiques près de Béziers.
- le 25 juin 2012 à 17 h au musée Saint Jacques à Béziers à l’occasion du vernissage de l’exposition co-produite par le Musée et la Société archéologique : La Société archéologique de Béziers d’hier à aujourd’hui - In mémoriam Jean-Denis Bergasse.
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La maison médiévale L'hôtel de la Mercy
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Un livre de Jean Sagnes :
Jaurès
Un halo de lumière entoure la personne de Jean Jaurès. Voici un homme exceptionnellement doué, pouvant aspirer aux plus hautes fonctions gouvernementales et qui en restant un simple député s’en préserve, qui devient le chef du socialisme français, sans en devenir le dirigeant principal, qui acquiert une dimension internationale, sans en revendiquer la direction, un homme libre, exerçant en toute circonstance son libre arbitre, son pouvoir de juger tous les pouvoirs, sans les adorer. Un homme assassiné le 31 juillet 1914 et dont l’assassinat lui donne l’auréole du martyre. Et pourtant un homme cerné par des ombres, par des haines farouches, pacifiste convaincu et militant mais admirant la culture allemande, dont l’attitude ambigüe peut donner lieu à des interprétations opposées. Un homme dont on se demande ce qu’il eût fait en août 1914. Qui meurt en plein échec : la démocratie politique s’est altérée en France, la colonisation est devenue une affaire Dreyfus permanente, les forces de paix ont été battues.C’est avec la plus grande objectivité, avec la rigueur de l’historien, avec une empathie décelable, et pour en quelque sorte dépasser les jugements contradictoires portés sur cet homme, que Jean Sagnes s’est attaché à l’analyse minutieuse des multiples facettes de Jean Jaurès, tout en cherchant à dévoiler ce qui faisait l’unité de sa personnalité.
A la première lecture, cette analyse au scalpel peut surprendre et dérouter du fait du foisonnement d’une personnalité d’exception. Les chapitres qui déroulent et retracent une vie : l’étudiant, l’homme privé, le professeur, le député, le leader s’accompagnent de chapitres qui dévoilent l’homme, ses multiples talents, sa complexité : le philosophe, l’historien, l’écrivain et l’orateur, l’esthéticien, critique d’art et critique littéraire, le pédagogue laïque. Et peut-être, le trait le plus profond, le plus accompli, l’humaniste.
Orateur exceptionnel, Jean Jaurès a acquis par le discours une exceptionnelle notoriété. Voici un témoignage d’un de ses contemporains, celui d’Alain. « Devant la foule ou l’assemblée, par son imagination débordante, le tonnerre roulant de sa voix, il reprenait la rumeur, dans le sens de la nouvelle qui se répand dans le public, de l’information fausse ou non, de la communication, ou de la propagande, la rumeur en chacun, multipliée par la foule. Il reprenait le tumulte et les vagues de la rumeur, les imitait, les figurait montant et descendant, à la manière des éléments indomptables, mais en même temps par une sorte de musique ou de poésie, il s’en montrait maître. Surtout, par les mots et le progrès des arguments, il donnait à la colère et à la rumeur de foule, un visage de raison. Sa voix avait un bruit terrible d’émeute, mais surmontée. »
En apparence Jaurès n’était pas exempt de contradictions : issu d’un milieu de moyenne bourgeoisie, il découvre le prolétariat, d’abord républicain de centre gauche, il devient socialiste, rallié à la lutte des classes et confronté à l’idée de la Révolution, il croit profondément à la réforme. Au plus profond de lui-même et parce qu’il est viscéralement un humaniste, Jaurès est un homme de synthèse. Son socialisme est essentiellement synthétique. Chaque fois qu’il se heurte à une opposition, il essaie de la surmonter par une synthèse plus vaste. Il tente de réconcilier la démocratie et la lutte des classes, la réforme et la révolution, la nation et l’Internationale. Ce qu’il recherche et veut éveiller en chacun, c’est l’humanité. Pour lui, comme le laisse entendre Jean Sagnes, l’individu est la fin suprême.
N’importe quel pouvoir a ses pièges, en surmontant la tentation et la fascination du pouvoir, Jaurès privilégie la part du jugement. Directement fils de la terre, rustique, ingénu, sans aucune ruse et resté tel par sagesse, Jaurès savait regarder loin, et quelquefois au-dessus des hommes, comme pour mieux revenir auprès d’eux, pour jeter des perspectives, afin de mieux juger en peu de paroles, tout en sachant par sa pratique quand il le fallait être révolutionnaire, mais sans dogmatisme.
Jean Sagnes, comme Jean Jaurès, écrit comme il parle. Son style est clair, limpide, à l’abri de toute obscurité. Sa phrase qui ne s’enfle jamais reflète la clarté de la pensée. Elle s’articule en un paragraphe ramassé, sans enflure, tout orienté vers l’expression de l’idée. Historien émérite, l’auteur se révèle pédagogue et éveilleur de pensée. Si bien que le lecteur, entraîné par la quête de l’auteur, se surprend à s’essayer à son tour à un effort de synthèse pour pénétrer intimement et construire l’identité de Jaurès.
Éditions Aldacom : http://www.aldacom.fr/
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Une étude de Michel Fournier
Béziers de 1857 à1952
La ville a démoli ses remparts en 1827, et précisément en 1857, le chemin de fer arrive sur Béziers, une grande date et un grand événement qui ne manqueront pas d’avoir des répercussions.La situation urbaine en 1857
En 1857, la situation urbaine de Béziers fait apparaître un certain nombre de traits dominants :
- Le devenir urbain de la ville est contraint par son site géographique qui limite les extensions vers l’Ouest et les favorise vers l’Est.
- La ville a assis son pouvoir et son commandement sur son pays, le Biterrois.
- Son centre concentre le pouvoir et le pouvoir de direction dans un triangle constitué par la Mairie, la Cathédrale Saint-Nazaire et la Madeleine.
- C’est encore une ville médiévale construite sans plan d’urbanisme et sans dégagement de perspective. Avec des quartiers spécialisés en fonction de solidarités professionnelles : fustiers, métal, rue de l’Argenterie, travailleurs de terre à Saint Aphrodise et au Capnau, maçons au Capnau. Avec des quartiers de commodités techniques : les tanneurs près de l’Orb. tandis que les boutiques se concentrent rue royale devenue alors impériale.
- Une ville dans laquelle on distingue quelques timides ouvertures telles que :
- Le canal et le Port Notre Dame où se pratique la tonnellerie.
- La promenade, encore peu aménagée.
- Le carrefour et la place des Carmes.
- L’hôpital à la place du séminaire.
- De son caractère médiéval encore prononcé la ville a conservé une certaine mixité sociale.
La réponse de la ville aux nouvelles infrastructures structurantesAprès 1857, un certain nombre d’infrastructures liées à l’arrivée du chemin de fer : la voie ferrée, Béziers Neussargues, la construction de la gare du Midi et de la gare du Nord, ou telles que le pont routier (1846), le pont canal (1857), se révèlent structurantes. Avec la prospérité viticole, elles entraînent une ouverture et un développement de la ville dans trois directions essentielles : économique, urbaine et démographique, la ville passant de 1857 à 1901 de 19 000 à 50 000 habitants.
En réponse à cet appel d’air et aux structurations qui en découlent, la ville adopte une triple attitude :
- Elle laisse se développer un urbanisme spontané et sans plan directeur. Comme il faut loger les nouveaux arrivants, les voies se prolongent et des rues se créent. Le péri centre se constitue entre l’avenue Saint-Saëns, l’avenue du 22 août, le boulevard de la Liberté et les Allées. Un nouveau quartier se construit entre Saint-Jacques et la gare. Le quartier Nord de Béziers se bâtit, avenue Foch et avenue Albert 1er.
- Le centre se renforce : à l’initiative de la municipalité Alphonse Mas, entre 1880 et 1890. Le vieux centre urbain est aéré par les larges percées, rue Flourens, place Saint-Félix, rue de la République, rue Nationale. Une initiative qui aère, embelli, assaini et donne du travail. Les halles, de style Baltard se construisent et en 1912, la poste, près de l’hôtel de ville. Les artères nouvelles sont alors conquises par les activités tertiaires, essentiellement commerciales : commerce noble pour la rue de la République, ameublement, vêtements, chaussures, bijouterie, lingerie, activités plus artisanales pour la rue Nationale.
- La ville s’ouvre à un horizon proche : se construisent en 1875 la Caserne de cavalerie à la suite d’un accord entre l’État et la ville, en 1882, la Caisse d’Épargne, en 1899, le temple, en 1906, le Collège de jeunes filles.
Le rôle déterminant de l’aménagement des Allées
Le nivellement de la place de la Citadelle, puis l’aménagement des Allées permettent une première grande extension à la ville historique. Les Allées devenues un quartier d’habitat bourgeois, s’enrichissent de plusieurs fonctions : fonction de loisirs et de divertissement avec le kiosque à musique de la Citadelle et le théâtre, la prolifération des cafés (on y trouve pas moins de quarante-quatre cafés et débits de boisson), espace de déambulation, fonction résidentielle et d’investissement pour la bourgeoisie, fonction économique avec le marché du vin, l’installation des banques, des cabinets d’assurance, des sociétés industrielles ou liées à la viticulture, fonction commerciale avec les Nouvelles Galeries. Les Allées apparaissent alors comme la vitrine de la prospérité viticole et de son expression comptable.
Lorsque les Allées sont reliées à la gare par le Plateau des Poètes, se constitue un péri centre de caractère ludique, touristique et économique. Tous les guides le soulignent. En particulier le guide Baedeker qui présentait les facilités de transport qu'apportait le rail, en indiquant que dès la sortie de la gare on traverse le jardin et les Allées, soulignant ainsi l’importance des liens qui relient la gare au centre ville et en ces temps où l’on ne répugne pas à marcher, la courte distance qui les sépare.
Les hésitations entre l’aménagement du centre et de la périphérie
Du point de vue édilitaire, il semble alors qu’il y ait une hésitation entre l’aménagement du centre et un aménagement extérieur, périphérique esquissé par la constitution du péri centre. Hésitation entre coupure ou complémentarité que l’établissement d’un réseau de tramway à la jointure des siècles laisse deviner. Cette hésitation entre l’aménagement du centre et de la périphérie est exprimée par les positions respectives des partisans du centre et de ceux de la périphérie. Elle éclate au grand jour au conseil municipal en 1910, 1911 à propos du site à choisir pour le futur bureau de poste et oppose ceux qui plaident pour l’installation sur les Allées ou près de la Caisse d’Épargne et ceux qui sont partisans de l’installation sur la Place des Trois-Six où elle sera finalement implantée.
Le débat particulièrement passionné reste encore actuel. Les uns disent : « vous avez tout : la sous-préfecture, le Palais de justice, le greffe, le lycée de garçons, la bibliothèque et vous voulez encore y ajouter la Poste ? » Ce à quoi les autres répondent : « le lieu le plus favorable est le vieux Béziers qui n’est pas mort, qui ne veut pas mourir. Et en tout cas, nous nous refusons à lui donner le dernier coup. Il y va de l’intérêt des commerçants qui ont droit à notre sollicitude, parce que très éprouvés (après 1907) et dont nous sommes et resteront les défenseurs énergiques. »
La recherche d’horizons plus lointains
La prospérité viticole et l’explosion démographique qu’elle engendre conduisent la ville à rechercher un horizon plus lointain, là où elle trouvera de la place. C’est ainsi qu’en 1896, l’initiative privée conduit à la construction des Arènes du plateau de Valras. En 1912, s’ébauche l’hôpital Perréal qui ne sera définitivement achevé qu’en 1932. Toujours en 1912, à l’initiative de la ville et à celle privée de Louis Viennet s’élève le temple du rugby, le stade de Sauclières devenu aujourd’hui un lieu de mémoire du rugby.
Même recherche d’espaces à horizons plus lointains avec deux quartiers : les Allées (qui se trouvent alors en périphérie) et la gare qui se situe à des horizons plus lointains. En ce qui concerne les Allées entre 1860 et 1875 un acte municipal organise de façon rationnelle la Promenade en programmant le théâtre, la statue de Pierre Paul Riquet et le Plateau des Poètes conçu alors comme une annexe des Allées. La gare est alors un lieu animé fréquenté par les voyageurs se déplaçant en train sur des distances plus longues et en un temps plus court. Le quartier acquiert une fonction commerciale avec les magasins généraux et l’expédition de vin, les docks méridionaux, la gare de marchandises. Et une fonction industrielle avec les activités qui s’implantent près de la gare : l’usine à gaz, Fouga en 1920. Il acquiert une fonction de peuplement autour de l’avenue Gambetta. Ainsi à partir des Allées se constitue, en périphérie, ce que nous appelons aujourd’hui le péri centre et qui nous semble actuellement le centre ville.
L’extension inéluctable des péri centres et l’éclatement urbain
Après 1930, les horizons lointains, les péri centres, paraissent avoir gagné la partie. Malgré l’éternel dilemme entre le centre et la périphérie, la mairie en fait une ligne directrice de programmation de l’extension urbaine. Toujours au centre, en 1932, les premiers HLM Saint-Vincent à la place de l’Hospice. En 1945, les démolitions qui suivent la Libération autour de la cathédrale et en avant du pont vieux. Lorsque la sous préfecture s’installe Place Suchon s’esquisse un espace regroupant caisse d’épargne et d’allocations familiales, lycée Paul Riquet, hôtel de police, central PTT. Un espace qui se révélera un non-centre du centre, car des équipements, aussi prestigieux soient-ils ne suffisent pas pour donner un ensemble structuré. Déjà de nouveaux projets tels que les boulevards périphériques esquissent un étalement et les immeubles collectifs, une différence d’échelle dans le volume architectural.
La fin d’une stabilité séculaire
Si dans la mentalité des Biterrois la réalité du centre coïncide avec le centre historique, avec les Allées et par extension avec le péri centre limité par l’avenue de la Liberté, la période qui s’étend de 1857 à 1952 apparaît comme la fin d’une stabilité séculaire due à un nouveau dynamisme économique et démographique entraînant l’amorce de grandes mutations sous l’influence de facteurs endogènes liés à l’enrichissement de la ville. Période de dynamisme suivie d’une longue léthargie, qui est un peu celle des occasions manquées, pendant laquelle on hésite entre le centre et la périphérie, sans choisir une direction nette et structurante.
Le nouvel élan qui s’esquisse vers 1950, va conduire à l’éclatement consommé, le marquage de l’espace central étant alors appelé à traduire le poids de structures exogènes, l’insertion de Béziers dans des circuits extra-locaux et extra-régionaux : banques, chaînes commerciales, compagnies d’assurances, etc.
Ainsi, pendant tout un siècle, sous l’influence de facteurs endogènes, de son propre dynamisme économique et démographique, de nouvelles infrastructures dues au progrès des modes de communication, la ville de Béziers est amenée à prendre en compte la recherche d’un nouvel espace vers l’Est entraînant le transfert des hommes et des activités. En 1952, le débat et la dynamique du balancement entre centre et périphérie ne sont pas encore définitivement tranchés, mais le devenir urbain de Béziers se trouve placé désormais sous l’influence de facteurs exogènes que la ville saura attirer ou repousser.
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Michel Fournier glorifie le Père Jean Gailhac en l’église Saint Félix
Célébration aux multiples visages, la fête de Saint Aphrodise s’est transportée au delà de la cité pour évoquer le Père Jean Gailhac. Plus précisément, au domaine de Baysan le Haut dans l’église Saint Félix qui appartient à un groupe d’édifices romans identifiés comme les témoignages d’un art spécifiquement urbain et biterrois, caractérisé par un plan similaire, une abside polygonale et un décor dépourvu de motifs figuratifs, d’inspiration antiquisante. Font partie de cet ensemble les églises Saint-Aphrodise et Sainte-Marie-Madeleine, la partie orientale de Saint-Jacques de Béziers, ainsi que les chapelles rurales Saint-Pierre de Lespignan et Saint-Jean d’Aureilhan. Un déplacement justifié. Le Père Gailhac y est chez lui puisqu’il acquit le domaine de Bayssan-le-Haut et la chapelle en 1850 pour y installer d’abord la colonie agricole pour garçons orphelins.Rien de plus naturel d’étendre la célébration de Saint Aphrodise, saint patron de Béziers, au rappel de la vie et de l’œuvre du Père Gailhac, déclaré Vénérable par l'Eglise catholique romaine en 1972. Unis dans la foi, portés tous deux par l’amour du Christ, par l’esprit de charité, par une même énergie, par l’engagement pour la mission, donnant l’exemple de l’amour de prochain, ils célèbrent tous deux le culte de l’esprit crucifié et glorifient le christianisme dans ce qu’il a d’universel.
C’est donc en l’église Saint Félix à Bayssan, magnifiquement restaurée par le Conseil Général de l’Hérault, que Michel Fournier a glorifié et célébré le Père Jean Gailhac, avec une empathie évidente, devant un auditoire conquis par son talent oratoire, la clarté de son exposé et son entregent. Un propos et une voix mis en valeur par la merveilleuse acoustique de la chapelle et agréablement ponctués par le violon de Cécile Bellaube qui a su non seulement mettre en valeur les sonorités de son instrument mais aussi le faire parler. Soulignant à sa manière qu’il y a une musique du violon comme il y a une musique de la voix.
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Le Père Jean Gailhac
Le XIXe siècle avait deux ans, lorsque Jean Gailhac (1802-1890) naquit à Béziers. De 1818 à 1828, au grand séminaire de Montpellier, il témoigna d’une grande piété et fut considéré comme la règle vivante du séminaire. Il fut ordonné prêtre dans le Diocèse de Montpellier en 1826. Il enseigna la philosophie pendant deux ans. Peu de temps après son ordination, il demanda à son évêque de lui confier le poste d’aumônier de l’hôpital civil et militaire de la ville de Béziers où il prit contact avec la misère humaine. Il y rencontra de nombreuses femmes qui souffraient de maladies liées à la prostitution, sans instruction sans famille, sans soutien social. Avec l'aide d'amis, il fonda en 1834 le Bon Pasteur, un refuge pour accueillir les prostituées repenties.Le 24 février 1849, il fonda avec l’aide d’Appollonie Cure-Pélissier l’ordre des religieuses du Sacré Cœur de Marie qui compte plus de cinquante maisons dans le monde entier, à partir de la maison mère de Béziers. Le Père Jean Gailhac a été déclaré Vénérable par l'Eglise catholique romaine en 1972.
La vie et l’œuvre du Père Gailhac s’expliquent et prennent sens à partir de sa profonde spiritualité s’inscrivant dans la direction de Pierre de Bérulle et de Saint Vincent de Paul. Une spiritualité toute orientée vers le Christ placé au centre de ses préoccupations et ayant comme moteur la charité. Un christianisme ancré dans l’amour du Christ, le culte de l’esprit crucifié, la primauté de l’esprit sur tous les pouvoirs, l’affirmation que toutes les âmes sont précieuses, que l’homme et Dieu en la personne du Christ, fils de Dieu fait homme, sont intimement ensemble dans l’homme libre. Un homme libre qu’il voit libre sur une croix.
Mais il ne faudrait pas croire que cette haute spiritualité l’écarte de son siècle. Le père Jean Gailhac, homme de la première moitié du XIXe siècle, s’éloigne comme l’a fait l’église des tendances gallicanes. Par contre, sensible au regroupement et à la centralisation des forces spirituelles, il se montre favorable à l’ultramontanisme qui habitue alors les esprits à juger des choses religieuses dans l’optique romaine.
Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, comme en écho au développement économique qui donne son visage moderne à la France, aux réalisations économiques d’inspiration saint-simonienne, voire socialiste, voulues et impulsées par Louis-Napoléon, à la paupérisation qui se développe et à la prise de conscience des ses problèmes, et comme en réaction au divorce qui s’aggravait entre l’église et la classe ouvrière, le Père Jean Gailhac ouvre à Béziers la voie d’un catholicisme social qui se développe en France après 1870. Un catholicisme qui réside dans les œuvres de charité mais qui s’oriente aussi vers la conquête de la dignité de l’homme.
En phase avec les problèmes et les évolutions du siècle, le Père Jean Gailhac est profondément ancré dans Béziers. Le poste d’aumônier de l’hôpital civil et militaire de la ville de Béziers lui fait côtoyer les plus nécessiteux et les marginaux de la société de l’époque ainsi que les femmes prises au piège de la prostitution. Le siècle d’or de Béziers et la prospérité qui s’y développe, le nombre important d’hommes seuls dans la cité, la garnison et ses 868 soldats et marins contribuent à faire naître et prospérer toute une clientèle pour les maisons de prostitution. On y comptera jusqu’à 362 prostituées dont 300 femmes ne sachant ni lire ni écrire. En réaction à ce fléau social, le refuge accueille les jeunes filles qui, « pour défaut de soins ou en raison du comportement de leurs parents ou de problèmes liés à leur âge sont exposées à divers dangers.» Le but du refuge est de les éduquer à la vertu et de leur donner l’instruction nécessaire à la position qu’elles occuperont dans la vie. Cinquante d’entre les pensionnaires du refuge deviendront des repenties.
Pour couronner son œuvre, si Béziers est considérée par la hiérarchie religieuse comme une terre de mission, la cité deviendra grâce au Père Jean Gailhac une terre pour la mission. En effet, le désir de la communauté des Religieuses du Sacré Cœur de Marie de faire connaître et aimer Dieu la conduit à se tourner au-delà des frontières. Le Père Gailhac s’oriente vers l’Irlande où Lisburn, dans la banlieue de Belfast, devient la première fondation de l’Institut RSCM. Sa présence s’étend bientôt à plusieurs autres lieux : Barrow-in-Furness, Londres, Carlisle et Cromer. Puis s’oriente vers d’autres continents : Afrique et Amérique. Pour compter aujourd’hui plus de cinquante maisons dans le monde entier, à partir de la maison mère de Béziers.
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Une évocation historique de Michel Fournier :
Les évêques italiens
Dans le cadre de la nuit de la cathédrale au cours de laquelle des visites, des musiques, des expositions, des évocations historiques ont permis de découvrir la diversité de l’héritage culturel et les richesses symboliques religieuses, clés de compréhension du monument, Michel Fournier a évoqué les évêques italiens de Béziers.On peut se demander comment une ville comme Béziers a pu voir son évêché attribué à toute une lignée d’évêques italiens ? Cela a été rendu possible par le concordat de Bologne, conclu en 1516 entre François Ier et Léon X, réservant au roi la nomination aux évêchés, ce qui lui permit de s’assurer des dévouements à la couronne et lui donna main sur le clergé.
On peut encore se demander pourquoi des italiens ? Dans le cas particulier de Béziers, le siège de l’évêché est attribué, pour services rendus, en 1547 à Laurent Stozzi, un cousin germain de la reine Catherine de Médicis. Lui succèdent, Jules de Médicis en 1561 puis Thomas I de Bonsi, cousin des Strozzi et des Médicis. Ces cousinages des Bonsi, non pas parents des Bourbons mais leurs alliés (Louis XIV, lui-même, donne toujours du «mon cousin » à Pierre de Bonsi), les engagent envers la famille royale. La lignée des Bonsi qui s’étend à Béziers jusqu’en 1669 (Thomas 1er, Jean IV, Jean-Baptiste , Thomas II, Clément, Pierre V) donne aux monarques une double assurance : par son origine transalpine, elle échappe aux enracinements, aux solidarités et aux compromissions avec les féodalités locales ; devant tout au roi, son assise financière et sociale, elle lui témoigne en retour une obéissance et une fidélité sans faille.
Il en résulte que les évêques italiens ont joué un rôle important dans la francisation politique de Béziers. Dans le service du monarque, les Bonsi atteignent l’excellence. D’autant plus que le service de Dieu et le service du Prince vont de pair et favorisent en retour l’enrichissement personnel et le profit du clan. Tout au long de leur présence à Béziers, les évêques Bonsi s’emploient à satisfaire la confiance qui leur est faite par une foi inviolable au monarque et une indéfectible obéissance. Non sans risques. Ils sont fidèles à leur souverain au point de participer dans l’intérêt du roi à une conspiration contre le gouverneur du Languedoc par méfiance contre ses ambitions qui risquent de compromettre l’unité du royaume et d’atteindre l’autorité souveraine du roi. En 1632, lors de la révolte de Henri II, duc de Montmorency, la fidélité au monarque de Clément de Bonsi le conduit à refuser de conspirer, à demeurer ferme dans le parti du roi, malgré les pressions contraires d’évêques languedociens et à résister aux sirènes de Gaston d’Orléans.
L’avantage pour Béziers de cette lignée d’évêques fidèles au roi, rompus aux affaires, bien en cour à Paris, à Rome et souvent à Florence est évident. Béziers entre de plain-pied dans les arcanes de la politique royale et pontificale. Sans le mauvais choix de la cité en 1632, de jouer le gouverneur contre l’évêque, le féodal contre le roi, grâce aux Bonsi Béziers aurait pu devenir un centre de décision royale dans la province, avec un prestige, un rôle, des allures de capitale. Une chance que la ville a laissé passer.
Alliés au roi, les Bonzi n’en demeurent pas moins des serviteurs de Dieu. Même éloignés momentanément de Béziers, s’appuyant sur le clergé, ils poursuivent le rôle de structuration du territoire poursuivi par le christianisme biterrois et par l’église. Depuis longtemps, dans l’entourage de l’Évêque et des chanoines s’est formé un groupe d’intellectuels, de clercs, de notaires, de marchands unis par des liens de parenté, d’amitié ou d’intérêts ouverts aux améliorations techniques, favorables à l’esprit d’entreprise. Alors que le protestantisme languedocien réussit à s’enraciner dans les Cévennes et le Bas Languedoc, dans des villes comme Nîmes, Aigues-Mortes, Montpellier, il ne parvint pas à s’implanter durablement à Béziers. Comme à l’époque des cathares et des vaudois, Béziers s’accommoda plutôt bien de l’hérésie nouvelle.
A la différence de Montpellier, il n’y eut à Béziers ni forte structure protestante, ni parti protestant, ni chef. L’initiative, l’action, les troubles vinrent souvent de l’extérieur de la ville, des seigneurs protestants du Biterrois, par prosélytisme mais aussi pour s’emparer de biens d’église. En dépit de tous les troubles, des révoltes et des violences, la ville, fidèle à sa tradition de tolérance et à son peu d’attirance pour l’engagement idéologique sut se maintenir à l’écart des excès. La Saint-Bathélémy en est une bonne illustration. A Béziers, Joyeuse, conseillé par Amoy, seigneur de Perdiguier, en accord avec plusieurs nobles catholiques, prévint en secret les protestants de prendre leurs sûretés, n’en menaça ni arrêta aucun. Aucun massacre n’y fut commis. Deux cents catholiques Biterrois s’opposèrent même aux incitations des Toulousains venus pousser la ville au massacre des protestants.
Les Bonzi surent défendre les intérêts de la population et ne pas oublier leur mission apostolique avec des nuances entre un Jean de Bonzi, prélat de cour et son successeur Thomas II modèle de piété, de bonté et de charité. Ils surent contribuer à la restauration et à l’extension des ordres religieux, contribuer à la fondation du collège confié aux Jésuites, contribuer aux mutations sociales. Après le départ du lignage, les Bonsi continuèrent de marquer les imaginations et les mémoires. L’époque Bonsi reste une période faste, la belle époque de la ville, définitivement ancrée dans l’ordre politique et institutionnel français.
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L’histoire des deux Indes de l’abbé Raynal
Une conférence de Gilles Bancarel au musée du Biterrois.L'abbé Raynal n'est pas à proprement parler un personnage biterrois bien qu'il ait enseigné au collège des Jésuites de Béziers dans les années 1730 et qu'il ait été proche du savant Biterrois Dortous de Mairan qui lui procura en 1754 le titre de membre de la Royal Society de Londres. Il s’inscrit cependant au Panthéon des hommes célèbres de Béziers du fait d’un Biterrois d’adoption, Gilles Bancarel, et de l’écoute particulière de la ville qu’il a sensibilisée à l’œuvre de cet auteur à portée universelle.
Rien ne destinait Gilles Bancarel à s’intéresser à un homme ayant exercé une énorme influence à la veille de la Révolution Française, mais aujourd’hui passé sous silence dans sa patrie d’origine alors qu’il est toujours bien connu à l’étranger. Rien, sauf le hasard des rencontres, qui lui a ménagé un premier contact avec Raynal, une première lecture de son œuvre, la prise de conscience de son importance pour l’humanité, de son universalité. A tel point, qu’après lui avoir consacré une thèse et publié sa biographie aux éditions Champion en 2004 sous le titre Raynal ou le devoir de vérité, il a présenté en 2006 l’édition intégrale de l’Histoire des deux Indes publiée par la Bibliothèque des Introuvables. Président de la Société d’Etude Guillaume-Thomas Raynal et l’un des grands spécialistes de l’abbé Raynal, Gilles Bancarel a organisé le colloque international du bicentenaire de l’abbé Raynal à Rodez en 1996, publié à Oxford en 2000, sous le titre : Raynal de la polémique à l’Histoire puis le colloque « Raynal et ses réseaux » à la Bibliothèque nationale de France et lancé l’exposition itinérante « Sur les pas de l’abbé Raynal » placée sous le patronage de l’UNESCO, inaugurée à la MAM de Béziers par Rama Yade. Il est aussi le coordinateur de la Chaire UNESCO « Histoire des deux Indes et Route de l’esclave » rattachée à l’Université de la Réunion.
L’universalité de l’œuvre
Dans un premier temps, historien, journaliste, grand manipulateur d'opinion à la solde du régime, Raynal va mettre tout son génie au service des idées nouvelles pour forger dans l’opinion publique l’idéal de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. Après avoir été le rédacteur en chef du Mercure de France en 1750, le grand périodique littéraire de l’époque, il publie en 1770, l’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, véritable encyclopédie coloniale et commerciale du monde, qui est le best seller mondial du XVIIIe siècle. Autour de l’abbé Raynal, génial rédacteur en chef, les plus grands esprits de l’Europe des Lumières, Diderot entre autres, ont collaboré au livre qui changera la face du monde, sera le creuset de la pensée politique des XIXe et XXe siècles et a exercé une réelle influence à la veille de la Révolution Française.
Le précurseur du journalisme moderne
Faisant preuve d’un sens de la communication exceptionnel, l’abbé Raynal se place au centre d’un journalisme moderne, d’un réseau de communication international (les élites européennes, parlent, lisent, pensent en langue française), qui lui permet d’étendre considérablement son aura et son influence dans tous les milieux, au point que le jeune officier Napoléon Bonaparte lui dédie une dissertation sur la question proposée par l’académie de Lyon : « Quelles vérités et quels sentiments importe-t-il le plus d’inculquer aux hommes pour leur bonheur ? »
L’anticipation de la mondialisation
Pour Gilles Bancarel, Raynal relie ainsi son questionnement à l’actualité de la mondialisation et permet une analyse du phénomène dont il fournit le premier énoncé. Une mondialisation et une globalisation culturelle qu’il avait fortement anticipées par la dimension universelle et anticipatrice de ses analyses, de sa réflexion : égalité de tous devant la justice, l’esclavage, les droits de l’homme, le droit au bonheur. Une mondialisation politique à laquelle l’Histoire des deux Indes, bible de la Révolution Française, a pu contribuer compte tenu de ses conséquences sur la Révolution américaine, sur la Révolution Française, sur l’évolution démocratique dans tous les continents permettant ainsi le développement de liens d'interdépendance entre hommes et femmes, activités humaines et systèmes politiques à l'échelle du monde.
Raynal dans la Révolution française
Il refuse de siéger aux États généraux de 1789 en invoquant son grand âge. Deux ans plus tard, avec courage, dans sa lettre à l’Assemblée nationale adressée le 31 mai 1791 aux révolutionnaires qui voyaient en lui un père fondateur, il dénonce les excès et le tour violent pris par la Révolution. Son prestige et sa popularité sont tels que les révolutionnaires ainsi tancés n’oseront pas lui faire subir le même sort qu’à Condorcet. Au lieu de l’envoyer à la guillotine, ils préféreront dénigrer son intervention en l’accusant de sénilité.
Pressenti pour siéger comme membre de l’Institut de France en 1795, quelques mois avant sa mort (le 12 avril 1796 à Passy), il prétextera de son grand âge pour refuser cette promotion.
En savoir plus : http://www.abbe-raynal.org/
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Une conférence de Michel Fournier : « Béziers et la Grande Guerre »
C’est au Musée du Biterrois devant une assistance véritablement conquise et sous le charme que Michel Fournier a tenu sa conférence sur « Béziers et la Grande Guerre » à partir de l’étude de documents locaux et du témoignage de Louis Barthas, un ancien combattant de la Grande Guerre, mobilisé au 280e régiment d'infanterie de Narbonne avec le grade de caporal qu’il conserva pendant la durée du conflit et qui a écrit ses expériences de guerre dans un journal de guerre très apprécié.A la veille du déclenchement de la guerre, Béziers est une ville d’une seule activité, le vin. La viticulture en suscitant des investissements a fait sa prospérité, revenue assez rapidement après la crise de 1907. La ville qui compte en 1914 entre 52 000 et 53 000 habitants connaît une explosion démographique qui n’est pas due à la natalité naturelle mais à un apport extérieur et à l’immigration dont celle venue d’Espagne qui s’avérera précieuse pendant la durée de la guerre. C’est aussi une ville d’hégémonie et de sensibilité radicale qui n’échappe pas totalement à l’influence de Jean Jaurès, ni à celle de Louis Laferre (1861-1929) député radical-socialiste de Béziers, l’un des principaux leaders nationaux du parti républicain-radical et radical-socialiste qui s’était créé en 1901. Son Maire, Albert Signoret, est radical indépendant.
L’union sacrée
La guerre qui est déclarée le 3 août 1914 ne prend pas la ville au dépourvu. La droite et les radicaux y sont favorables pour des raisons nationales. A l’unisson avec toute la nation française, la déclaration de guerre est acceptée ainsi que l’ordre de mobilisation et le passage du service militaire de deux à trois ans. L’union sacrée s’exprime dans la rue aux cris de Vive la France et traduit un esprit patriotique que les maîtres d’école avaient favorisé. L’idée que le pays est menacé, de l’ennemi héréditaire, le sentiment d’être victime d’une agression injustifiée, la cohésion de la nation qui se manifeste dans tout le pays, est profondément partagée par les Biterrois qui participent à l’enthousiasme dans lequel s’effectue la mobilisation et la concentration des troupes. Il est vrai que chacun est persuadé que la guerre sera courte et victorieuse.
La participation à l’effort de guerre
Dès les premiers mois, en raison des énormes pertes subies par les armées, le problème des effectifs se pose. Il faut donc appeler les classes par anticipation, récupérer des hommes sur les ajournés et les ajournés des classes anciennes. Béziers n’échappe pas à cet effort qui concerne toutes les classes sociales. Entre 4 000 et 5 000 hommes seront mobilisés sur quatre ans, ce qui représente 10% de la population de Béziers..
La ville et sa région n’échapperont pas plus aux réquisitions, de chevaux, de vélos, de denrées, de biens, ne les subissant pas certainement de gaieté de cœur mais sans opposition majeure. Pour répondre aux besoins financiers que la guerre aggrave, les Biterrois participent aux emprunts : « un français ne peut refuser d’apporter son aide à la patrie. »
Les conditions de vie au quotidien
Comme partout en France, Béziers subit et accepte des restrictions des libertés publiques : état de siège, censure préventive des télégrammes et de la presse, propagande officielle, droit de réquisition, contrôle des déplacements, fermetures d'établissements, blocage ou augmentation des prix notamment du fourrage et de la farine, rationnements alimentaires et cartes d’alimentation, modification de la composition du pain et des farines dans lesquels sont incorporés des produits de faible valeur nutritive, 80% de son.
Les problèmes de main d’œuvre et les conséquences économiques qu’ils entraînent se posent dès lors que des hommes jeunes, actifs sont partis et manquent du point de vue quantitatif et qualitatif. Comme partout ailleurs, on fait appel au travail des femmes, des enfants, plus tard à Béziers des prisonniers de guerre et à l’immigration espagnole qui constitue une véritable bénédiction pour la région, notamment pour les vendanges. La ville et la région participent aux efforts pour assurer une production suffisante pour répondre aux besoins.
Cependant la vie continue à Béziers. Les quatre cinémas qui fonctionnent, le théâtre, les concerts si prisés dans la région contribuent aux loisirs. Des journées à thème sont organisées : du poilu, des réfugiés, des vêtements chauds. Bien qu’encadrées par l’État, des associations de solidarité ou d’assistance se développent, pour le secours aux prisonniers qui connaissent la faim et pour lesquels les colis sont les bienvenus, pour le vin du soldat, pour les parents de disparus. Une aide est accordée aux gens qui ont perdu un membre de leur famille sous forme d’allocation ou de pension. Comme on se tourne vers le ciel dans les situations difficiles, le sentiment religieux et la foi catholique connaissent un renouveau à Béziers où de nombreuses messes sont célébrées pour les défunts.
La plus grande souffrance est causée par l’angoisse que les familles éprouvent pour leurs combattants. La mort menace à chaque instant, même dans les secteurs les plus calmes. L‘attente du courrier est une véritable épreuve. L’annonce des décès un véritable drame, en particulier pour le maire qui a le devoir de l’annoncer à la famille. Les transports de corps sont interdits, ce qui ne permet pas aux familles de faire leur deuil en accompagnant leurs défunts par une célébration funéraire. De nombreux soldats sont disparus sans qu’on sache où, ce qui augmente encore plus les souffrances. L’attente du bulletin officiel du décès est un supplice. Et cela, d’autant plus que le nombre de morts est conséquent et se chiffre à Béziers à 1 272, dont 1 000 soldats dans l’infanterie. Même augmentation de la mortalité civile (1 600 contre 1 000 avant la guerre).
En dépit de toutes ces souffrances, de tous ces sacrifices, des difficultés devenues quotidiennes, des angoisses et des deuils, lorsqu’en 1917 surviennent les mutineries et les grèves, la lassitude générale, Béziers et sa région tiennent bon et ne rompent pas l’union sacrée, soit par résignation, soit parce que les hommes ne sont pas là pour protester. Soit tout simplement parce que bien que située loin des régions les plus sinistrées, Béziers a su rester solidaire et garder sa foi en la nation, contribuant ainsi à la victoire. Une victoire célébrée dans la joie et le bonheur aux accents de la Marseillaise.
Les conséquences
Le très large appel à la main d’œuvre féminine qui dans la région s’attèle aux travaux viticoles et à remplacer les hommes dans de nombreuses tâches ont pour conséquence d’assurer aux femmes les premiers pas vers le chemin d’une plus grande liberté et même à une syndicalisation. Sans toujours en mesurer l’importance et la profondeur l’émancipation féminine prend corps. Le sentiment religieux s’est renforcé.
Durant les années de guerre, la baisse de la natalité est réelle à Béziers, mais dans les années qui suivent, elle n’aura pas de conséquences démographiques compte tenu de la poussée démographique qui s’y développera.
Le culte familial qui demeure puissant dans les familles, le souvenir perpétué par les monuments aux morts pour la France sur lesquels sont gravés les noms de ceux qui ne reviendront plus dans la commune, victimes et artisans de la victoire (à Béziers, le monument aux morts d’Antonin Injalbert) font naître un véritable culte du souvenir en même temps qu’ils confortent le sentiment d’appartenir à la Nation.
En outre, la guerre va procurer aux campagnards et provinciaux qui pour la plupart n’avaient jamais pris le train, ni le chemin des grandes villes, ce que l’existence quotidienne ne pouvait leur apporter, une extraordinaire aventure, un élargissement des horizons, de l’espace. Le suivi du déroulement des opérations de guerre sur les différents fronts élargi incontestablement la connaissance géographique aux dimensions de la France et du monde. Les difficultés rencontrées, les souffrances, la présence même aux armées et le sentiment des sacrifices consentis pour la nation donnent à chacun le sentiment de son importance, qu’il n’est plus un citoyen de seconde zone, qu’il enferme en lui un certain degré d’héroïsme. Cela fera naître chez certains une plus grande liberté de conscience, un sens plus aigu de la critique, voire la naissance d’autres rêves qu’ils avaient remis à plus tard à la déclaration de la guerre et qu’ils reprendront mûris par les épreuves et les sacrifices.
Comme un peu partout en France, Béziers et sa région ne seront plus les mêmes et s’achemineront vers la construction de nouveaux horizons plus lointains, vers des mutations, des risques et des épreuves. Rien ne sera plus comme avant. Si le temps ne connaît pas encore des accélérations exponentielles, l’espace s’est incontestablement élargi à l’échelle du monde.
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